Shahad Ameen confirme le cinéma saoudien au féminin

Du 28 août au 7 septembre prochain se déroulera la 76ème édition de la Mostra de Venise. Cette année, deux films arabes sont présentés lors de la semaine de la critique donc celui de la réalisatrice saoudienne Shahad Ameen, qui présente Scales, un premier long métrage fantastiquement féministe.

Avant la rentrée scolaire, le festival international du film de Venise est une occasion de célébrer le cinéma du monde entier. Cette année, il invite deux femmes réalisatrices saoudiennes à dévoiler leurs créations. Si la première est déjà confirmée, puisqu’elle n’est autre que Haifaa Al-Mansoor, première réalisatrice du royaume à avoir tourné dans les rues de Riyad, avec Wadjda (Le film remporte d’ailleurs le prix du film d’Art et d’Essai à la Mostra de 2012). La seconde, Shahad Ameen, mérite d’être mieux connue. Cette dernière a d’abord étudié la production cinématographique et l’écriture de scénario à Londres et à New York, avant de revenir dans son pays pour y développer le cinéma local.

Aujourd’hui, elle écrit et réalise des histoires dans lesquelles elle peut se reconnaître. Scales, son premier film présenté au festival est un conte onirique situé sur une île étrange où l’on sacrifie les petites filles à la mer pour nourrir les hommes qui ne s’alimentent que de chair de sirène. Une fable symbolique sur l’oppression des femmes dans des sociétés où leur corps ne leur appartient pas.

Qu’est-ce qui vous a amené à faire du cinéma?

Deux choses, je pense. J’ai très vite su que je voulais être une écrivaine et raconter des histoires. Dans le monde arabe, les animations japonaises étaient très populaires pendant mon enfance et j’avais une vraie passion pour les films d’Hayao Miyazaki. Puis quand j’ai eu 10 ans, tout en regardant les films populaires américains, une émission syrienne a commencé à passer à la télévision. C’était la première fois que je voyais quelqu’un comme moi passer à l’écran. C’est à ce moment que j’ai réalisé que je voulais faire la même chose : raconter des histoires dans lesquelles je me reconnaîtrais. Puis je pensais qu’un réalisateur était un scénariste et ma soeur m’a expliqué que c’était deux métiers différents. J’ai trouvé cela trop injuste, alors j’ai décidé de faire les deux : écrire et réaliser.

Comment l’idée du scénario vous est-elle venue?

L’histoire du film est inspirée de celle de Eye & Mermaid, mon précédent court métrage. L’idée est partie de ma volonté de représenter des femmes fortes dans le monde arabe, en faisant le portrait de femmes qui sont marginalisées car elle ne suivent pas la tradition. Avec Scales, je voulais l’inscrire dans un thème plus large. Explorer le voyage qui amène une femme d’une société normale à casser les normes, même si elle est seule, pour se libérer. A travers des créatures, on peut représenter quelque chose de plus grand que ce que l’on voit dans la réalité.

Vous aimez beaucoup utiliser le fantastique, voire la dystopie, dans vos films. Dans Eye & Mermaid (oeil et sirène) il s’agissait déjà d’un monde imaginaire peuplé de sirènes oppressées. Pourquoi choisir le fantastique plutôt que le réalisme dans vos films?

Pour être honnête, je voulais créer un monde visuel qui me donne l’opportunité de raconter une histoire de manière symbolique. Peut-être parce-que je n’aime pas les dialogues dans les films, et que je fais partie de ces réalisateurs qui veulent dépendre uniquement du langage visuel. Je ne voulais pas raconter une histoire de manière directe, mais le faire d’une façon métaphorique. Et comme j’aime beaucoup la poésie arabe, je voulais que cette symbolique du langage arabe et de la poésie arabe surgisse à l’écran.

D’où vient cette fascination pour les sirènes et les mondes sous marins?
Pour moi la mer a toujours été cet endroit où l’on peut s’échapper. Quand tu regardes cet horizon au loin, la mer représente cette opportunité d’échapper au béton et aux immeubles autour de toi. Et aussi, dans la littérature arabe, la mer est toujours représentée comme une femme donc cela me permettait de combiner l’idée d’un film sur la femme et l’évasion.

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