Ces créatrices qui font évoluer la mode au Moyen-Orient

“Créer pour une cause”: c’est le leitmotiv de beaucoup de créateurs qui ont vu le jour ces dernières années au Moyen-Orient, avec au coeur de leur ADN, la volonté de créer des marques éthiques et durables.

Au lendemain du tragique accident qui a coûté la vie de milliers d’ouvriers dans une usine de textile au Bangladesh le 24 avril 2013, l’industrie de la mode réalise l’urgence de se réinventer à travers des pratiques éthiques, plus transparentes et durables. C’est la naissance du mouvement FashionRevolution, à Londres, suivi du hashtag #whomademyclothes.

Depuis, des créateurs du monde entier ayant au cœur de leur ADN une cause environnementale ou sociale ont vu le jour. Nous en avons répertorié 6 au Moyen-Orient.

Palestine: Babyfist, une marque de prêt à porter pour lutter contre le harcèlement de rue

Fondé à Ramallah par Yasmine Mjalli, créatrice américaine d’origine palestinienne, Babyfist est un label de mode qui lutte contre le harcèlement de rue en Palestine. Vendus sur sa boutique en ligne ses produits phares comportent une série de t-shirts, sweats et vestes en jean affichant des punchlines féministes et provocatrices comme “Not your habibti” (pas ta chérie) ou هي المستقبل (elle est le futur). Ses articles sont entièrement fabriqués en Palestine à Gaza, ce qui en fait aussi une marque éthique et durable. Plus qu’une marque de prêt-à-porter, Babyfist est aussi une plateforme de discussion et de réflexion sur les injustices liés au genre dans le monde arabe. Une manière également d’interroger les différents perceptions du féminisme en Orient comme en Occident. D’ailleurs 20% de ses revenus sont reversées dans un projet d’éducation sexuel et sur les règles visant les jeunes femmes de Palestine.

Egypte: Up-fuse, maroquinerie 100% recyclée

Rania K. Rafie et Yara Nassin sont deux jeunes égyptiennes derrière Up-fuse, une marque de maroquinerie écologique et durable créée en 2013, durant un semestre qu’elles passaient à Berlin. En partenariat avec l’ONG Rah el Shabab qui s’occupe de recycler les déchets dans le quartier pauvre de Manshayet Nasr, en banlieue sud du Caire, elles transforment le plastique pour en faire des sacs. Parmi leurs produits: des sacs à dos de ville, de sport, ou même des porte-monnaies aux coloris pop. Des pièces qui nécessitent parfois plus de 30 sacs plastiques rejetés dans l’environnement pour voir le jour, et dont une partie des revenus est reversée à des projets éducatifs pour la communauté de ce quartier surnommé “la ville des poubelles”. Aujourd’hui 16 femmes y travaillent et Up-Fuse a réussi le pari de l’impact social mais aussi environnemental, comme l’on peut le voir sur son site.

Jordanie: Tania George, des vêtements pour une cause

Née en Jordanie où elle a grandi jusqu’à ses 11 ans, Tania George a ensuite étudié la communication visuelle en Suisse, puis obtenu un Master en création de mode en Italie avant de s’envoler à New York où elle effectue de nombreux stages pour différentes marques de mode. Lancée en 2016, sa marque éponyme propose une ligne de vêtements colorés et funky aux couleurs pastel. Des produits faits mains par des femmes tailleurs du Moyen-Orient qui vivent toutes dans des pays en guerre, préservant ainsi un certain savoir-faire et héritage local. Ses trois première collections reflètent son engagement pour l’inclusion et la fierté de son héritage arabe: FARIDA rend hommage à Frida Khalo; Amman, Irbid, Baqaa, Sweileh est un clin d’oeil au chaos de sa ville natale Amman et Chibs, Bibs, Canary’ AKA RECESS une rétrospective nostalgique à son enfance jordanienne. Tania George est une marque jamais très loin des origines de sa créatrice,  et résolument nostalgique, comme en atteste le style de ses articles années 80.

Liban: Nour Najem, créatrice avec une conscience

Cette créatrice libanaise d’une trentaine d’années a lancé son label il y a déjà 6 ans. Un an après sa création, en 2014, elle intègre la Fondation Starch, un incubateur de jeunes créateurs à Beyrouth fondé par le plus célèbre des designer libanais: Rabih Kayrouz. Ses collections rencontrent très vite le succès et sont mentionnées dans divers magazines de mode comme Vogue Arabia et Dubai Fashion News. Des pièces aux lignes géométriques, à la fois élégantes et modernes qui lui valent de remporter le prix V&A de la fondation Art Jameel à Dubaï, mais aussi celui de la Maison Méditerranéenne des métiers de la mode (MMMM) à Marseille en 2017. En parallèle de sa marque éponyme, Nour Najem a aussi lancé la fondation Kenzah, qui essaie de transmettre des savoir-faire artisanaux aux femmes marginalisées issues de milieux ruraux, dans une démarche de préservation de l’artisanat local et de réinsertion à l’emploi. Ainsi des pièces de détail cousues par des femmes vivant en dehors de Beyrouth ont été intégrées aux collections de la créatrice.

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