Yasmeen Mjalli : « Il y a une urgence à créer une conversation sur le harcèlement de rue »

Combattre le harcèlement sexuel à travers la mode? C’est l’idée un peu folle qui a nourri Yasmeen Mjalli, créatrice palestinienne, lorsqu’elle a lancé la marque: Babyfist, il y a deux ans. Le résultat: une boutique en ligne qui vend des vêtements avec des déclarations féministes. Avec des punchlines attractives comme “Not your habibti” (pas ta chérie), elle a réussi à se faire connaître et attirer l’attention internationale sur sa marque l 100% made in Palestine. Mais plus qu’une marque d’habillement, Babyfist est surtout une plateforme de discussion et de réflexion sur les injustices liés au sexe dans le monde arabe. Une manière de s’interroger également sur les différents perceptions du féminisme en Orient comme en Occident.

Comment t’es venue l’idée de Babyfist ?

Babyfist est né d’une urgence de créer une conversation sur le harcèlement de rue et les discriminations  les sexes. J’étais frustrée de voir que ce type de discussion n’était pas assez largement répandu ou pas assez public autour de moi. Je me sentais isolée, même si je sais que ce type de problème est universel et que toutes les femmes l’ont rencontré à un moment ou un autre de leur vie. Donc j’ai décidé de créer Babyfist à la fois pour nourrir une conversation sur les problèmes qui affectent les femmes, pour rendre à la communauté locale en reversant des fonds à une cause qui investit son énergie dans leur futur, et pour investir dans l’économie palestinienne en produisant localement . Le tout en combinant cela d’une façon esthétique.

Penses-tu que l’on peut vraiment lutter contre le harcèlement de rue avec des vêtements ?

Babyfist ne se résume pas juste à fabriquer des vêtements en Palestine et à afficher des phrases féministes sur une veste, la marque fait partie d’un plus large réseau d’éléments. Elle sert à investir dans le futur de nos femmes et à amorcer une conversation sur des problèmes qui concernent les femmes à la fois en Palestine et dans le reste du monde. Les mauvais comportements sexuels sont rencontrés partout, il y a très peu de cultures qui n’en font pas l’expérience.

Pourquoi avoir fait ce choix de fabriquer tes vêtements intégralement en Palestine ?

Nous produisons les vêtements principalement entre Gaza et la cisjordanie. Nous voulons vraiment travailler là-bas car avant le blocus israélien qui terrorise la bande de Gaza depuis maintenant plus de dix ans, l’industrie du textile était 5 fois plus importante que maintenant. Les usines souffrent maintenant car elles n’ont plus le même pouvoir économique. Dans un effort commun de revitaliser cette industrie, nous avons donc commencé à travailler avec Hassan, notre principal fournisseur là-bas. Parfois on veut faire des expéditions de Gaza à Ramallah et on ne peut pas, comme l’été dernier où plus rien ne pouvait rentrer ni sortir de Gaza. Mais malgré cette instabilité, nous continuons de vouloir travailler avec lui et de le supporter, afin de garder cette connexion en vie.

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