Lumière sur le hip-hop cairote

Si le panthéon musical égyptien est reconnu dans l’ensemble du monde arabe, avec des artistes comme Oum Kalthoum ou Farid el Atrache, le présent n’a pourtant rien à envier au passé. Depuis quelques années, une nouvelle scène de jeunes artistes influencés par le rap et le hip hop fait vibrer les clubs du Caire de ses flows et beats incessants. Zoom sur cinq d’entre eux…

Arabian Knightz, les chantres de la révolution

Les chevaliers arabes, comme leur patronyme le souligne, font figure de patriarches de la scène hip hop égyptienne. Formé en 2005, ce trio composé de Rush (Karim Adel), Sphinx (Hesham Abed), et E-Money (Ehab Adel) s’est surtout fait connaître avec le morceau Rebel, en collaboration avec Lauryn Hill, une chanson rapidement considérée par les médias comme l’hymne de la révolution égyptienne de 2011. Conçu pendant cette période trouble, le titre avait été censuré par le gouvernement, le jugeant trop dissident. Finalement sorti sur mideasttunes.com, une plateforme pour musiciens alternatifs au Moyen-Orient, il s’agit de la première chanson égyptienne à avoir été mise en ligne le jour où internet a été restauré par le gouvernement durant la révolution. Un an plus tard, ces chevaliers du rap sortaient leur premier album, Uknighted State of Arabia (état arabe uni), au prix d’un fort réseau de guérilla de distribution en Egypte, mais également grâce à l’appui de distributeurs internationaux comme iTunes et Amazon.

Arabian Knightz

Zap tharwat, le rappeur féministe

Cet artiste hip-hop né en Jordanie a grandi dans une classe moyenne de la banlieue du Caire. Avant de rapper, Ahmed Tharwat a étudié quatre ans l’ingénierie. Il débute en collaborant sur le troisième album du célèbre groupe de rock égyptien Cairokeeel shekka shemal (mauvaise direction) , où figure également l’artiste algérienne Souad Massi. Il écrit ses propres chansons et s’impose rapidement comme “le rappeur qui aime les femmes”, avec des titres féministes qui n’hésitent pas à critiquer le machisme de la société égyptienne et les stéréotypes du genre. Parmi ses titres les plus connus : Meen el Sabab (qui est responsable ?) sorti en 2014 avec Menna Hussein, ou encore Nour en duo avec l’actrice égyptienne Amina Khalil, dans lequel il attaque les clichés machistes et interroge le rôle de la femme dans la famille. En avril 2018, il commercialise Al madina (la ville), un album en collaboration avec Sary Hany, célèbre musicien égyptien de musique de films et de télévision qui a notamment signé la bande originale de Gaza surf Club.

Zap tharwat (via jolygram)

El Joker, visage de la société

Ahmed Nasser est un jeune rappeur de la banlieue du Caire. Il s’autoproclame “le joker” car il voit la société comme un jeu de carte dans lequel il incarnerait ce personnage. Pourtant, c’est par la poésie que l’artiste a débuté sa carrière, remportant un concours à l’âge de 15 ans. Il se tourne néanmoins très vite vers le rap, afin de diffuser ses idées à un plus large public, pensant que le mariage des mots et de la musique est le meilleur moyen de dialoguer avec le peuple. Des messages qu’il transmet dans des titres comme Aya, qui parle d’une vendeuse de fleurs en Egypte, ou encore Efsam 7ad (schizophrénie sévère) qui évoque la dualité du bien et du mal au sein de chacun.

El Joker

Abyusif

Youssef Altay alias Abyusif, naît et grandit à Zamalek, un quartier huppé du Caire. Il s’est rapidement imposé sur la scène rap avec des beats sombres et des chansons énergétiques qui traitent des problèmes de la vie quotidienne en Egypte. Parmi ses titres les plus connus, le single Azrael, dans lequel il parle du succès et de sa carrière, mais aussi 3azama ou Thanos.

Abyusif

Wegz

Né à Alexandrie, Ahmed Ali officie sous le nom de Wegz. Il s’est fait connaître en 2017 sur les réseaux sociaux avec la chanson TNT, alors qu’il n’a que 20 ans. Une vidéo réalisée avec très peu de budget, utilisant des effets graphiques à la Jean Michel Basquiat, qui sera vite repartagée par plus d’un million d’internautes. Le rappeur s’est également illustré sur Matwalesh (don’t follow), un titre dans lequel il exhorte l’auditeur à ne pas suivre les diktats de la société. Depuis, il utilise sa voix unique dans un style qui mélange hip-hop égyptien, chaabi et Mahrganat.

Wegz
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