Aya Haidar : « Fascinant de voir comment la scène artistique du Moyen-Orient évolue »

Du 20 au 23 mars 2019, la 13ème édition de la Art Fair de Dubaï rassemble plus de 90 galeries issues de 40 pays à travers le monde. Une ouverture unique sur des artistes et galeries de régions géographiques non-occidentales qui sera encore une fois l’occasion d’approfondir l’engagement de la région du Golfe sur la scène artistique. L’année dernière, Aya Haidar, une artiste britannique d’origine libanaise a été sélectionnée pour l’événement. Elle est actuellement exposée à la galerie Athr à Jeddah avec Out of Place (en dehors de l’espace), une exposition collective qui présente les travaux de 14 artistes qui ont participé à des résidences internationales. Elle y présente ‘Tolteesh’, une série de textiles brodés à la main qui traitent des tabous sociaux et du pouvoir du langage entre les hommes et les femmes dans les sociétés arabes modernes.

Pourquoi as-tu attrapé cette passion pour les objets recyclés et déjà utilisé dans ta pratique artistique ?

La matérialité des objets que j’utilise, le fait qu’ils aient déjà été utilisés signifient qu’ils viennent déjà chargés d’histoire avant même que je ne les touchent. Pour moi, c’est très important. J’ai aussi passé beaucoup de temps à travailler avec des communautés de réfugiés durant mes voyages ou à travers l’association caritative que je dirigeais. Les observer réutiliser des objets d’une façon si diverse était très intéressant: Si tu as été expulsé de ton pays et que tu bouges constamment, les draps ne seront plus juste des draps, ils peuvent devenir un sac ou une robe. J’ai trouvé fascinant d’observer comment les diasporas regorgeaient de ressources avec les matières et les tissus. Les objets peuvent avoir beaucoup de vies différentes.

Tu as récemment exposé à Art Dubaï et Abu Dhabi Art. Que penses-tu de la scène artistique du Golfe aujourd’hui? Qu’est-ce qu’elle a de spécial ?

Ce que je trouve fascinant est de regarder la scène artistique de la région et du Moyen-Orient et de remarquer comment elle évolue constamment. Mon mari et moi même avons déménagé en Arabie Saoudite entre 2010 et 2012, et c’était vraiment l’émergence d’une scène culturelle en éclosion au début des printemps arabes. Mais Dubaï explosait déjà et continue encore de changer en repoussant les frontières. Je trouve incroyable que la ville soit si rapidement devenue un hub majeur vers lequel les curateurs et artistes du monde entier sont attirés chaque année. Cela injecte à la ville et la région beaucoup d’énergie.

Tu as terminé une résidence dans le cadre de Deveron Projects, menant un projet de ré-intégration et relocalisation de communautés syriennes dans la petite localité de Aberdeenshire en Écosse. Est-ce que tu peux nous en parler ?

Ma résidence à Deveron a été une étape importante dans ma carrière. J’ai été recrutée comme artiste aux côtés d’un anthropologue pour diriger ce programme d’intégration et de relocalisation de réfugiés syriens issus des camps. Une partie de notre travail était de les intégrer dans leur nouvelle communauté et de créer du lien avec les écossais. C’était très particulier parce-que la crise du pétrole a décimé la région économiquement et socialement, particulièrement en ce qui concernent la santé. On a trouvé des mauvaises habitudes alimentaires de nourriture bon marché et raffinée parmi ceux qui ont été le plus durement frappé. Nous avons vu cela comme un point de départ pour rassembler ces deux communautés avec des barrières de langages et de religions bien marquées. Nous avons donc tourné un vieux magasin en café inclusif et basé sur donations. Ce café accueillait des personnes de toute la communauté, parfois en difficulté. Les regarder assis ensemble à table malgré l’absence de communication verbale était une expérience éclairante. Voir les écossais manger du houmous, des falafels, des manouchés et du zaatar tandis que les syriens goûtaient aux pâtisseries écossaises était très drôle.

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