« Je me suis converti au christianisme car je me posais beaucoup de questions »

 La conversion de réfugiés musulmans au christianisme ne date pas d’aujourd’hui, mais une église luthérienne allemande a su profiter de ce drame pour « aider » des migrants « à trouver des réponses », tout en grossissant le rang de ses fidèles. « L’Orient-Le Jour » en a rencontré deux, ainsi que le pasteur Gottfried Martens. Témoignages…

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Pendant que Bachar el-Assad et l’État islamique (EI) sèment mort et terreur en Syrie et en Irak, de nombreux réfugiés continuent de frapper aux portes de l’Europe, espérant y trouver un havre de paix et l’espoir d’un avenir meilleur. Une crise mondiale, avec une Allemagne aux premières loges : elle abrite désormais la plus grosse communauté de réfugiés du vieux continent. Un drame dont une église protestante a voulu et su profiter, en augmentant considérablement son nombre de paroissiens, avec des réfugiés nouvellement convertis.
C’est au milieu des résidences cossues d’un quartier du sud-ouest de Berlin que se situe l’église luthérienne de la Trinité. Chaque deuxième samedi du mois, s’y déroule une messe en anglais, en présence d’un grand nombre de réfugiés. Des Afghans, des Iraniens, mais aussi des Irakiens et des Arabes, notamment des Syriens, même si ces derniers, préférant davantage l’église grecque-orthodoxe, restent difficilement nombrables.
Après le sermon, ils se retrouvent tous dans une petite salle jouxtant la paroisse avec le pasteur Gottfried Martens autour d’une collation.

« Une révélation »
Parmi les membres de l’église évangélique de la Trinité, certains s’étaient déjà convertis au christianisme avant d’arriver en Allemagne, fuyant souvent un régime islamique dicté par la charia, à l’instar de Sohail, un Irakien de 35 ans qui a quitté son pays natal à cause des persécutions dues à sa conversion. « Je me suis converti au christianisme car je me posais beaucoup de questions, et que l’islam n’autorise pas de remettre en doute Dieu et la religion. Avec le protestantisme, j’ai pu m’interroger et j’ai trouvé mes réponses. J’aimerais aujourd’hui travailler comme missionnaire et diffuser cette religion dans mon pays », dit-il.
D’autres ont décidé de se convertir dès leur arrivée en Allemagne, découvrant une autre foi, qui leur semblait plus adaptée à leurs attentes, à l’aune notamment de l’expérience qu’ils ont vécue dans leur pays d’origine. C’est le cas de Silas, un ancien activiste kurde iranien de 25 ans, qui a fui l’Iran où il était menacé par les autorités de cette puissante théocratie chiite. Il vit désormais à l’église de la Trinité où il a été baptisé, en attendant de recevoir l’asile qu’on lui a refusé en Norvège. « Quand je suis arrivé en Allemagne, je vivais dans un camp, puis un ami m’a parlé de cette église qui accueillait des réfugiés. J’ai alors eu une révélation à travers la foi chrétienne. Pour moi, qui étais sunnite, je découvrais une nouvelle religion qui m’apportait les réponses que l’islam ne me donnait pas », raconte-t-il.
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Maison de substitution
Dans tous les cas, ils ont souvent été persécutés par leur pays d’accueil en raison de leurs croyances, ou disent avoir vécu une expérience traumatique qui les a détournés de la religion musulmane. Des faits confirmés par l’ecclésiastique Martens : « Un grand nombre d’entre eux pratiquaient déjà la religion chrétienne dans leur pays sans pouvoir être baptisés, et sous la haute surveillance des services secrets, ce qui les a amenés à fuir. Pour d’autres, ils ont été traumatisés par la charia et ont lié l’islam à la peur, la guerre et l’oppression. Soudainement, ils découvrent ce Dieu de l’amour et du pardon, ce qui est radicalement opposé à ce qu’ils ont vécu », juge le pasteur.
En attendant, plus qu’un lieu de culte, cette église aux allures d’espace culturel représente une vraie maison de substitution pour ces exilés venus du Moyen-Orient, dont une poignée y séjourne le temps de régulariser une situation précaire ou d’obtenir l’asile.
Cet engagement de l’église protestante envers les migrants ne date pas d’hier. Avant de déménager à la Trinité, elle se trouvait à Sainte-Marie dans Berlin-Est, où elle a vu sa communauté grandir de manière considérable, passant de 150 à 800 membres en seulement 3 ans, dont 500 qui s’exprimaient en farsi. Un succès dû au bouche-à-oreille, mais surtout aux efforts du désormais célèbre révérend Martens pour offrir un accueil chaleureux à sa communauté, ce qui lui avait valu d’être nommé pasteur de l’année par le magazine chrétien allemand Ideaspektrum en 2012.

Opportunisme ?
Si d’aucuns voient les conversions de ces nouveaux réfugiés d’un mauvais œil, assurant qu’elles sont motivées presque exclusivement par l’espoir d’obtenir en contrepartie un quelconque asile, surtout que l’apostasie est passible de la peine de mort dans certains pays musulmans, le prêtre allemand affirme qu’il fait preuve d’exigence avant d’accorder un baptême à un migrant. « Tous nos membres doivent suivre trois mois de catéchisme, à la suite desquels ils sont soumis à un entretien. Je suis particulièrement vigilant sur les motivations derrière la volonté de conversion, et j’applique même des critères plus rigoureux que ceux imposés aux citoyens allemands, afin de montrer aux services de l’immigration qu’il s’agit de quelque chose que nous prenons très au sérieux. La preuve : 90 % des baptisés continuent d’assister aux messes après leur conversion, seuls 10 % ne viennent plus à l’église par la suite », dit-il.
Quant aux néoconvertis, interrogés eux aussi sur le degré d’opportunisme de leur démarche, ils répètent, catégoriques et d’une même voix, que c’est « pour trouver des réponses que l’islam ne (nous) apporte pas ».
Concernant le bureau fédéral pour la migration et les réfugiés, il affirme que les autorités allemandes fournissent des droits d’asile quand une conversion expose l’appliquant à des persécutions dans son pays d’accueil, ce qui est le cas de beaucoup de pays soumis à la loi islamique, notamment en Iran ou en Afghanistan. Contrairement à la Norvège qui ne considère pas la pratique de la religion chrétienne en Iran comme un danger, l’Allemagne reconnaît le droit des convertis à l’asile. Mais les preuves demandées sont importantes et le certificat de baptême n’est pas le seul à faire foi, des tests sur les réelles motivations étant imposés. Même si, à ce jour, le bureau refuse toujours de se prononcer sur les réels critères favorisant l’obtention de l’asile.

Lieux et langue de culte
La montée en puissance des mouvements et partis d’extrême-droite dans plusieurs pays d’Europe, tels que l’Allemagne, la Suède ou la Pologne, ainsi que la volonté affichée de protéger les chrétiens d’Orient en France pourraient répandre l’idée que devenir chrétien promet, si ce n’est l’asile, au moins une intégration plus facile. Pourtant, avec plus de 800 000 demandeurs d’asile enregistrés en Allemagne pour l’année 2015, dont la plupart sont des Syriens musulmans, la question des lieux de culte de ces futurs habitants reste au cœur des débats. Surtout dans un pays où les prêches dans les mosquées se donnent actuellement en turc, et non en arabe.
Pendant ce temps, la chancelière Angela Merkel continue de déclarer que « l’islam fait partie de l’Allemagne », une réalité indubitable, avec plus de 4 millions de musulmans aujourd’hui…

Messes traduites en farsi et en dari…

Pour l’instant, la majorité de convertis, anciens et nouveaux, est d’origine iranienne et afghane, et le pasteur Gottfried Martens ne ménage pas ses efforts, organisant chaque semaine après la cérémonie dominicale (souvent traduite en farsi par des interprètes, et en dari lorsque cela est possible) un déjeuner afghan entre tous les croyants.
Ce phénomène est très probablement dû aux conséquences de la politique actuelle des autorités iraniennes, notamment, avec des exilés politiques qui ont fui, pour beaucoup, après la révolution islamique de 1979, mais aussi, plus récemment, pour des motifs économiques ou religieux.
D’après Portes ouvertes, une ONG protestante américaine interrogée par le site de Radio Vatican, radiovatican.va, un « réveil chrétien » s’est produit en Iran suite à l’instauration de la République islamique, faisant passer de 400 à 370 000 le nombre de chrétiens anciennement de confession musulmane. Des conversions massives qui concerneraient surtout la communauté protestante non traditionnelle, à travers des programmes télévisés chrétiens iraniens, diffusés par satellite. Ces conversions sont aussi le résultat d’un désenchantement des Iraniens face au pouvoir en place, d’une situation économique et sociale difficile, ainsi que de leur méfiance vis-à-vis de leurs autorités, notamment après la répression sévère qui a suivi l’élection controversée de Mahmoud Ahmadinejad en 2009.

Article complet sur le site de l’Orient-Le Jour

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