La mode équitable et durable de Nour Najem

Le monde de la mode fascine autant qu’il répugne, rimant souvent avec argent, égos surdimensionnés de ses créateurs, diktats et dérives douteuses comme celle de ce shooting récent utilisant le thème des migrants pour faire parler de lui. A quelques pas de la frénésie des défilés et des campagnes à 6 chiffres, certains créateurs essaient de reconnecter la «modosphère » au monde normal. C’est le cas de Nour Najem, une jeune créatrice qui soutient les femmes libanaises marginalisées à travers sa fondation, Kenzah.

Screen Shot 2018-03-20 at 1.12.37 PMMeilleur espoir féminin Starch 2015

Dernier cru de la cuvée Starch, la jeune brunette a été sélectionnée il y a un an pour intégrer l’incubateur de talents fondé par Rabih Kayrouz en vue d’encourager la créativité made in Liban. Un laboratoire-boutique de Saïfi village qu’elle partage avec trois autres créateurs, un photographe ainsi qu’un architecte et où elle expose sa première collection. Le résultat de ses expérimentations? Un ensemble de pièces aux lignes simples et épurées, aux motifs géométriques, matières légères, avec toujours un détail emprunté à la tradition comme ces pompons qui ornent ses robes et pantalons. Des créations entièrement artisanales et organiques (100% coton), avec des hauts de style origami, constitués d’un assemblage de bandelettes fait main. « Mon leitmotiv quand je crée c’est vraiment le mouvement et le confort, rien ne doit entraver la mobilité de la personne qui porte le vêtement. J’ai conçu cette première collection comme un moment suspendu dans le monde stressant qui nous entoure.» Des œuvres romantiques et aériennes à l’image de la jeune femme de 28 ans au visage angélique qui, après un début de parcours avorté en médecine, a décidé brutalement de laisser tomber pour suivre sa passion. « Née dans une famille d’architectes, j’ai toujours aimé les belles choses. Petite je me souviens de ma grand-mère avec sa machine à coudre, ça me fascinait, et mon grand-père me forçait à regarder les défilés de mode quand ce fut les débuts du câble. » Diplômée d’ Esmod Beyrouth en 2012, elle lance sa première collection dans la foulée en 2013, avant de rejoindre la fondation Starch cette année.

Concilier mode et éthique

Là où l’artiste se distingue, c’est par sa vision éthique de la mode. Conception qu’elle ne laisse pas au stade d’esquisse mais réalise à travers la mise en place de la fondation Kenzah en 2014. Le principe, faire travailler des femmes défavorisées du Liban afin de les rendre financièrement plus indépendantes, tout en transmettant un savoir-faire en voie de raréfaction. Pour cela, la styliste se rend dans les villages reculés du pays, à la rencontre de femmes en difficulté, qu’elle souhaite recruter pour travailler sur ses collections. « Quand j’ai décidé de faire de la médecine, c’était pour me sentir utile et changer le monde, j’ai voulu faire la même chose dans la mode. » Parfois en cachette d’un mari réticent, elle commence à les former à la couture et avec beaucoup de patience, et parvient ainsi à se constituer une équipe fidèle avec qui elle collabore. « Comme la plupart d’entre elles sont analphabètes, je leur envoie des photos ou des tutoriaux pour leur expliquer ce qu’elles doivent faire. Elles sont généralement très excitées et attendent avec impatience les photos des lookbooks et des collections ». Une mafia de femmes, comme la créatrice aime les appeler, sans laquelle ses collections n’auraient pas le même cachet. Le revers de la médaille, un coût assez exorbitant pour une jeune créatrice, mais si c’est pour la bonne cause… Une prochaine collection est d’ailleurs déjà en route, placée sous le signe de la nostalgie et de l’héritage …une promesse toute poétique.

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