La passion de Christina Malkoun

“Porter un message”. C’est le souhait de Christina Malkoun, jeune photographe libanaise, quand elle dégaine son objectif plus vite que son ombre afin de raconter les histoires du monde. Un parcours commencé très tôt à l’époque où les chambres noires n’étaient pas encore devenues une tendance hipster et nostalgique/anachronique.

 

Son style a bien évolué. “Ma première photo représentait deux silhouettes d’arbre devant le coucher du soleil à Haris- sa”. Après une licence en mouvement de l’image et typographie à L’université Notre Dame, elle commence une carrière de graphiste dans les médias et la publicité, avant de rejoindre la direction artistique d’un magazine féminin. En 2012, alors que la guerre s’ins- talle en Syrie, elle part se former un mois au multimédia et au photojournalisme à Chang Mai, puis se lance dans la la photographie documentaire. Plus de crépuscules romantiques ni de lyrisme adolescent mais un œil sans filtre porté sur la douleur, la pauvreté ou la maladie avec en arrière plan une volonté de vivre, toujours.

“Je me souviens de mon premier photoreportage, c’était en 2012 au Foundry Photojournalism Workshop en Thailand. C’était très intense, on avait seulement une semaine pour trouver un sujet et raconter une histoire en photo. J’avais choisi de parler d’un homme âgé qui souffrait du syndrome de la Tourette et de la maladie de Huntington. Il avait adopté une famille thaïlandaise qui s’était échappée de la rivière du Mékong, une région connue pour le trafic et le travail d’enfants. Une mission qui lui avait apporté bonheur et paix.”

La prophète des oubliés

Cette première expérience l’encourage à tracer sa voie, puisqu’elle sera une nominée en 2012 du concours allemand de l’Unicef qui récompense chaque année les photos les plus frappantes dépeignant les conditions de vie des enfants du monde entier. Un chemin qui la mènera des sentiers de Cheng Mai en Thaïlande au Caire, en passant par le Liban où elle dépeindra le sort des populations déplacées à travers un projet éponyme. “Je voulais éveiller les gens sur la situation des réfugiés au Liban. Quand la guerre en Syrie a commencé, et que j’ai vu ces migrants arriver en masse, ayant tout laissé derrière eux, j’ai instinctive- ment ressenti le besoin d’agir. En tant que libanaise, que photographe mais tout simplement   qu’être   humain,   j’ai   donc contacté   une   femme   qui   travaillait   au haut commissariat des nations unies pour les réfugiés, et c’est comme cela que j’ai commencé à la suivre sur ses visites ter- rains. Là-bas, j’ai vu et rencontré beaucoup de familles de réfugiés dont j’ai raconté l’histoire avec mon appareil”. Ce travail de trois ans à arpenter les camps de réfugiés syriens de Tripoli, Beyrouth et de la Bekaa,   a   permis   d’apporter   un   peu de   lumière   à   ceux   dont   les   difficultés quotidiennes   demeuraient   jusqu’alors   à l’ombre de l’actualité médiatique et politique internationale, ayant notamment fait l’objet d’une exposition à l’Institut Français du Liban ainsi que d’une saga photo intitulée “oeil pour œil” diffusée sur la chaîne franco-allemande Arte.

L’espoir de la résilience

Des   sujets   qu’elle   choisit   non seulement pour lever le voile sur une vérité ignorée, mais aussi pour la promesse d’espérance qu’ils portent en eux. Un espoir qui accompagne chacun de ses travaux, qu’il s’agisse de montrer le dénuement d’un couple de réfugiés palestiniens et de leurs enfants autistes ou le désenchante- ment de la jeunesse Cairote post printemps arabe « Mes sujets partent toujours d’une rencontre et sont ensuite rythmés par ma passion de documenter une histoire et ce qui se passe dans la société. Que ce soit avec cette famille de réfugiés autistes ou le collectif   d’artistes en Egypte, j’essaie de montrer l’espoir et la détermination en chacun d’eux. Je les aborde avec un angle positif, en train d’avancer et de partager des instants de bonheur malgré leur condition, ou essayant de construire un meilleur avenir pour leur pays”.

Photographe, sa passion et son métier aujourd’hui, mais surtout son com- bat humanitaire pour changer de profondeur de champ et rendre visible ceux qui ne le sont pas. Afin que plus jamais des images comme celles du petit Aylan, gisant sur la plage de Bodrum dans l’indifférence la plus totale, ne soit nécessaire pour enfin émouvoir la communauté internationale.

 

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