Bkerzay, paradis d’artisans

Préserver la nature et promouvoir le terroir local, c’est la double mission de Bkerzay, un site dressé sur les hauteurs du Chouf. Cette année, se tenait la seconde édition de sa traditionnelle Fête des potiers, l’occasion pour les Beyrouthins de découvrir les artistes et artisans du Liban dans un cadre paisible et authentique, loin de l’odeur putride des poubelles.

Après avoir pris la bretelle de sortie Beiteddine sur l’autoroute de Saïda, c’est à l’issue d’une longue route en direction du village de Deir Dourit, puis au bout d’un petit chemin qui sentirait presque la noisette, qu’on trouve ce petit coin de paradis. Au sommet de la colline, entre pins et oliviers, se niche l’atelier de Bkerzay. Un laboratoire particulier tenu par le maître potier égyptien Ahmad Deif, qui s’occupe de transmettre un art en voie d’extinction. “Quand j’ai acheté ce terrain, j’ai non seulement voulu préserver ce site exceptionnel, mais aussi les talents de la région. Je voulais faire le trait d’union entre la ville et la montagne”, explique Ramzi Salman, le propriétaire du domaine et initiateur du projet. Une passerelle établie grâce à la salle d’exposition et la boutique du lieu, où les visiteurs peuvent découvrir les œuvres accomplies, ainsi que des produits organiques régionaux, tels que du savon, de l’huile, des herbes ou du miel, fait maison avec les ruches de la propriété. Des randonnées dans les sentiers forestiers sont également offertes pour les citadins téméraires en quête de marches champêtres, et la cafétéria avec vue sur le littoral est là pour les paresseux qui souhaitent seulement passer un weekend au vert autour d’un bon brunch.

 

 

Variation sur le même thème

L’usage de la poterie a bercé l’évolution des civilisations. Qu’il s’agisse des figurines d’argile de l’Afrique paléolithique aux amphores en terre cuite d’Égypte, en passant par des objets de décoration plus raffinés en Chine, elle de- meure l’une des formes artistiques les plus primitives. Il s’agit aussi d’une technique de longue haleine, qui requiert patience et cœur à l’ouvrage: moulage, séchage, cuis- son (le biscuit), émaillage et peinture, autant d‘étapes jalonnant la route de la poterie.

Pour cela, l’atelier s’est doté de trois fours: électrique, gaz, mais aussi raku, une technique japonaise qui donne à la céramique son effet craquelé. À chacun sa propre particularité et son rendu, comme l’explique Marianne Geadah : “Avec le four électrique, on maîtrise plus le résultat, c’est plus précis. Le gaz est plus spontané, mais c’est ce qui apporte également le charme ”, précise-t-elle. Du matériel que les novices peuvent employer en prenant des cours avec les potiers en résidence permanente à l’atelier Maha Nasral- lah et Ahmad Deif. Cette année, de nombreux artistes étaient à leurs côtés tels que Lina Chammaa, Samar Mougharbel, la de- signer de bijoux Nada Zeineh, la céramiste Micha Amyouni, ou encore les petits derniers Nour Ali et Joyce Samaha. Parmi les objets de terre cuite se déclinant dans toutes les couleurs : bijoux en céramique, assiettes et bols en céramique, ou encore art décoratif plus stylisé.

 

 

 

Les prémices d’un écovillage

L’ambition de Ramzi Salman s’étend bien plus loin que les frontières de la poterie, puisqu’il prévoit même de créer un écovillage, ainsi qu’une résidence d’artistes. “ Nous souhaitons installer des chambres d’hôte, ainsi qu’une résidence d’artistes autour de l’atelier. Les maisonnées utiliseront du bois mort de la forêt pour se chauffer. Le but est vraiment de mettre en place un village autosuffisant et bien-sûr d’étendre notre mission de promotion de l’artisanat à d’autres arts que la poterie. ”

Une initiative qui s’accompagnera à long terme de l’ouverture d’un concept store à Beyrouth, afin de poursuivre la connexion entre monde rural et urbain. Bkerzay serait-elle en passe de devenir la capitale de l’artisanat made in Lebanon ?

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