Une nuit à Beyrouth : plongeon dans la galaxie de Diane Mazloum

Beyrouth est indissociable de sa vie nocturne, faite de soirées interminables arrosées au champagne, ou simplement passée au clair de lune à admirer les étoiles veillant sur les toits poussiéreux de la capitale. Cette particularité beyrouthine n’a pas échappée au dernier roman de Diane Mazloum, écrivaine libanaise élevée en Italie, et revenue étudier dans le pays de ses origines. 

C’est donc tout naturellement qu’elle nous plonge dans l’univers d’une nuit à Beyrouth, un soir de coupe du monde 2010 où la vie de ses protagonistes va changer à jamais. Dans cette quête nocturne où les héros cherchent à se fuir ou à fuir leur passé, ils vont finalement devoir se frotter à la mort, à l’amour, mais surtout à l’absurdité nihiliste de leur existence. Une nuit qui marquera surtout pour eux la fin de l’enfance et d’une insouciance à jamais perdue. Finalement, ‘Beyrouth la nuit’ apparait comme une œuvre logique dans le parcours de cet écrivaine, qui a d’abord étudié les astres avant de se lancer dans l’écriture. Des étoiles à la plume, il n’y a finalement qu’un pas, celui de la légèreté de l’être et de l’infini. A l’occasion du 21ème salon du livre de Beyrouth, intitulé ‘Des mots, des histoires’, Diane Mazloum a accepté de nous accorder les siens pour nous raconter la sienne.

Après un parcours plutôt scientifique avec l’astrophysique, comment vous est apparue la révélation littéraire ?
J’ai toujours été à la fois scientifique et littéraire. Petite, je lisais et dessinais beaucoup. Mais c’est surtout lors de mes études de graphic design à AUB que j’ai découvert combien l’écriture m’importait.

Voyez-vous un parallèle entre la science des étoiles et la littérature ?
Oui, la recherche et la création qu’elles suggèrent.

Votre histoire se déroule dans une unité de temps particulière, celle d’une nuit à Beyrouth. Qu’est-ce vous évoque la nuit ?
La nuit, c’est le moment où tout devient plus doux, plus feutré. J’adore ses lumières, ainsi que l’aspect plus authentique et vulnérable des gens. C’est aussi l’heure des cauchemars.

Vous dites avoir été inspirée par la Coupe du Monde et le crash d’Ethiopian Airlines en 2010, lors de la rédaction de votre ouvrage. En quoi ces événements ont-ils motivé votre écriture ?
J’avais été emportée par l’effervescence de la Coupe du Monde de foot en 2010, que j’ai suivie match après match, et qui m’avait littéralement tenue compagnie pendant un mois. Quand au crash de la Ethiopian Airlines, je me suis sentie très proche des familles des victimes dans leur douleur, car ce drame s’est déroulé près de chez moi. J’en garde encore un goût amer dans la bouche.

Après votre premier livre ‘Nucléus’, vous semblez confirmer un certain goût pour les tranches de vie. Une écriture presque scientifique qui dissèque chaque personnage. Qu’est-ce qui vous attire dans les destinées humaines ?
L’infinité des possibles, les émotions et la façon dont chacun d’entre nous y fait face. Je ne suis pas animée par de grandes causes comme l’extinction des pandas dans le monde, la géopolitique ou les conflits armés car, malheureusement ou pas, tout ce qui ne me touche pas directement ne soulève que peu d’intérêt de ma part. Ce qui me passionne vraiment c’est l’humain, sa place dans l’univers, face aux autres mais surtout face á lui-même.

Comment créez-vous votre “catalogue” de personnages ? S’agit-il de vos proches, de gens croisés dans la rue ? 
Ce n’est pas facile d’avoir autant de personnages : certains me viennent très naturellement, mais pour d’autres je dois composer en m’inspirant de mon entourage, assemblant le caractère de tel proche avec les phobies ou manies de tel autre. Parfois, le personnage vient avant l’histoire, parfois c’est l’histoire qui me dicte le personnage.

Vos personnages sont confrontés à la fin de l’enfance et d’une certaine insouciance. Le passage à l’âge adulte fut-il une expérience douloureuse chez vous ? 
Non, c’était juste choquant et embêtant. J’ai longtemps résisté, ce qui m’a fait perdre du temps. Maintenant, c’est un retour intelligent vers l’enfance que j’aimerais réussir.

Vos personnages sont issus d’un milieu social plutôt favorisé, ce qui n’est pas nécessairement représentatif de l’ensemble de la société beyrouthine, pourquoi avoir fait ce choix ?
Beyrouth, à l’image du Liban, est faite de nombreuses réalités sociales, toutes plus différentes les unes des autres. J’ai choisi de raconter mon milieu, d’abord parce que c’est la réalité sociale que je connais, ensuite parce que je suis fascinée par le concentré de facettes qu’il contient : un mélange d’ouverture d’esprit, valeurs traditionnelles, culte de la liberté individuelle et d’esprit de famille. Une identité plurielle qui fait qu’on ait autant de mal à trouver notre place dans le monde.

Les héros de votre histoire semblent vouloir se fuir et s’enivrer, que ce soit à travers le sexe ou la fête. Pensez-vous que la soif de vivre et de profiter de chaque instant des Libanais cache les fantômes de la guerre ? 
Je pense que c’était vrai pour la génération de nos parents, dont la jeunesse a été amputée par la guerre. En ce qui concerne ma génération dite des “bébés de la guerre”, c’est-à-dire ceux qui sont nés pendant la guerre civile du Liban, je trouve que cette soif de sorties est surtout venue par mimétisme, et qu’elle s’est vite transformée en réflexe, voire en palliatif contre l’ennui.

Votre livre est empreint de nostalgie, parfois nihiliste, vous considérez-vous comme “à la recherche du temps perdu” ?
Disons plutôt en état de contemplation d’une insouciance perdue, la tranquillité d’esprit et le sentiment de sécurité de mon enfance, où l’on me répétait que jamais rien de mal n’allait se produire.

Marylou, une des protagonistes de l’histoire, est particulièrement touchante. Sorte de “nostalgique maladive”, elle classe méticuleusement toutes les odeurs, souvenirs, musiques de sa vie. Si vous aviez une playlist Beyrouth, comment se nommerait-elle et dans quel genre serait-elle rangée ?
Elle s’appellerait ‘I’m loosing my vitamin C’ et serait rangée dans le genre rock alternatif.

Pouvez-vous nous en dire plus sur vos futurs projets, d’écriture ou autre ?
Pour mon nouveau projet d’écriture, je reprends deux des personnages de Beyrouth, la nuit, une fille, un garçon, et je les place dans une ancienne maison de famille située dans la montagne libanaise. Je suis aussi en train de développer le scénario d’une “graphic novel”. Quel que soit l’outil d’expression ou le support, mes travaux sont tous reliés les uns aux autres.

‘Beyrouth la nuit’ de Diane Mazloum
Editions Stock , 204 p., 18 euros

Article complet sur le site de l’Agenda Culturel 

Publicités