Linda Sterling s’invite au Musée d’Art Moderne

Née à Liverpool en 1954, Linder Sterling rêvait d’abord de faire de la danse mais a dû se confronter au refus de ses parents, ouvriers modestes qui ne comprenaient pas l’intérêt d’une telle démarche artistique. Sa reconversion n’en sera pas moins étonnante et anticonformiste puisqu’à défaut de devenir petit rat, Linder sera artiste punk.

On la verra se pavaner sur scène avec son groupe de punk vêtue d’une robe constituée de viscères et de pattes de canard récupérés d’un restaurant chinois. Au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, elle nous livre des collages et photomontages ironico-porno d’inspiration dadaïstes qui dénoncent avec humour la pornographie de la consommation ou la consommation de la pornographie à laquelle notre société est aliénée. Cette première rétrospective française proposée par le MAM est le fruit d’une collaboration unique entre l’artiste et la commissaire de l’exposition ; Emmanuelle de l’Ecotais, spécialiste de Man Ray.
Encore considérée comme en marge de l’histoire de l’art pour son pays, Linder pense que son art est mieux compris par la « psyché française ». Le visiteur ne comprend pas seulement, il s’amuse surtout en découvrant les œuvres de l’artiste à travers un parcours ludique et surprenant.
 

Linder : la surréaliste féministe

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L’œuvre de Sterling Linder s’inscrit dans une mouvance profondément féministe, cause dont l’artiste se sent proche depuis très jeune. En 1978, elle scandait déjà « Girls wake up !  » au micro de Ludus, le groupe punk dont elle faisait partie.  Son exposition ironiquement intitulée Femme/objet  représente ce qu’elle décrit comme « un processus à la fois psychologique et créatif  » ; où les œuvres sont à la fois forces d’interpellation plastique et porteuses de sens. À la manière des photomontages fantasmagoriques et dadaïstes d’après-guerre, elle transgresse avec humour les codes d’une société de consommation standardisée.
En se jouant des modes de représentation de la femme dans la publicité, elle vient dénoncer une société où le plaisir est idéalisé à outrance. Pour cela, Linder mélange les genres : le noir et la couleur, les animaux et les humains, l’ancien et le moderne mais aussi les sexes. Ce qui donne lieu à des montages surréalistes comme la série « Les chamanes et leurs créatures » mettant en scène des femmes nues avec des serpents autour des parties génitales ou encore « pretty girls » qui juxtapose des corps nus de femmes avec des produits ménagers.
Pendant des années, Linder va empiler des magazines de la presse féminine (déco, cuisine, mode) et masculine (bricolage, pornographie) et faire fusionner ces univers dont jailliront des collages burlesques, mêlant pornographie et univers domestique, comme « Orgasm Addict » montrant un corps nu féminin lustré comme dans les magazines de mode mais dont la poitrine forme des bouches inquiétantes et la tête a été remplacée par un fer à repasser.

Le travail d’une vie : des photomontages au scalpel aux panneaux lumineux

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La large rétrospective consacrée à Sterling Linder a nécessité un profond travail de discussions et de sélection entre l’artiste et Emmanuelle d’Ecotais. En effet, il s’agit de « l’œuvre d’une vie » comme le décrit l’artiste, mêlant 35 ans d’un travail photographique, de performances vidéos, de collages et de photomontages : une œuvre à la croisée du dadaïsme, du surréalisme et du pop art. On y découvre au fil du parcours de l’exposition, des parcelles de la vie de l’artiste ; des début de sa carrière dans les 70’s lorsqu’elle photographiait les clubs de travestis de Manchester, à ses performances musicales au sein de Ludus, en passant par ses collages au scalpel de figures polymorphes (mi femmes- mi appareil électroménager) jusqu’à ses photomontages mêlant pornographie et pâtisserie.
Une référence aussi à son enfance avec sa série « Cakewalk » qui rend hommage aux danseurs de ballet russes dont les visages ont été remplacés par des pâtisseries. Un parcours autobiographique où l’artiste se met elle-même en scène et se travestit également, ce qui n’est pas sans rappeler l’œuvre personnelle de Claude Cahun.

Une scénographie du secret pour mieux révéler

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La scénographie de cette rétrospective se situe à l’intersection entre provocation et intimisme. L’artiste déclare d’ailleurs préférer travailler dans le secret, ce qui lui permet de mieux développer ses idées et fait sûrement référence au fanzine Public Secret dans lequel elle a publié une partie conséquente de son œuvre.
L’exposition s’ouvre sur un couloir recouvert d’une mosaïque avec une femme à grosse bouche rouge qui rappelle les photomontages de David Lachapelle, puis elle laisse place à une salle obscure dévoilant les instantanés du Dickens Bar de Manchester que fréquentait l’artiste ainsi que ses premiers photomontages de femme-objet. L’espace de l’arc quant à lui présente plusieurs formats des différentes séries de porno-photographie détournées de l’artiste ; celles des danseurs-tarte, des femmes-zoophiles « les chamanes et leurs créatures », des femmes et végétaux. La plupart des séries étantdissimulées derrière des rideaux de mousseline légère, histoire de suggérer sans jamais imposer. Enfin, cerise sur le gâteau (ceux qui ont vu l’expo comprendront l’allusion), la rétrospective s’achève sur la présentation de grands panneaux lumineux où des scènes pornographiques agressantes viennent nous rappeler le matraquage publicitaire auquel nous sommes soumis.
Trash ? Jamais ! L’œuvre de Sterling représente au contraire, comme le dit si bien le directeur du musée « un antidote à la vulgarité ».
Voir article complet sur le site de Paulette Magazine 
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