Keith Haring dans tous ses états

Artiste majeur de la pop culture, vous avez sûrement déjà croisé les personnages colorés de Keith Haring au détour d’une rue ou d’une station de métro.

 

Celui qui a commencé à dessiner à la craie sur les encarts publicitaires du métro de New York dans les années 80 est aujourd’hui l’objet d’une rétrospective d’envergure (la plus grande jamais réalisée à ce jour) au Musée d’Art Moderne mais également au Centquatre à Paris. Avec plus de 250 œuvres sur bâche ou sur toile, cette exposition est l’occasion de revenir sur la richesse de son travail mais surtout sur la nature politique de son engagement. Des positions que Keith Haring a choisi d’illustrer à sa manière, sous le prisme ironique de l’art.

Début et street culture

Né en Pennsylvanie en 1958, Keith Haring commence sa carrière à New York en dessinant des petits bonhommes à la craie sur les panneaux publicitaires du métro; des « subways drawings » désormais connus du monde entier. C’est à cette époque qu’il commence à flirter avec le milieu underground New-Yorkais en exposant dans des clubs comme le Mudd ou le club 57.  Il développe alors une forte une sensibilité à la street culture et notamment au breakdance et au hip-hop dont il fut un des premiers supporters. Il  réalisera de nombreuses performances in situ sur fond de musique de DJ.
Artist Keith Haring
1983, New York City, New York, USA — Artist Keith Haring drawing on a subway platform in New York City. — Image by © Laura Levine/Corbis
« L’art pour tous »

« Le public a droit à l’art, il a été ignoré par la plupart des artistes contemporains. Le public a besoin d’art et il est de la responsabilité de l’artiste autoproclamé ».
Peu d’œuvres de Keith Haring se trouvent aujourd’hui dans les musées puisqu’il travaillait principalement dans l’espace public. Pour lui, le musée devait être un théâtre de la vie et l’art, aller à la rencontre du public.  Un art qu’il a voulu rendre volontairement accessible en créant en 1986 son premier Pop Shop dans le quartier de Soho; sorte de mini-boutique où l’on pouvait acheter des goodies de ses œuvres à prix abordables. Du coup, son œuvre fut jugée trop « populaire » par le monde de l’art traditionnel, mais Keith n’a jamais cessé de communiquer avec son public et continua de créer au travers d’improvisations publiques, véritables performances live qui ont valu des peintures murales partout dans le monde de Chicago à Barcelone en passant par Venise et Sao Paulo. Un art populaire qu’il utilisait aussi pour adresser des messages politiques et s’élever contre l’Establishment de l’État.
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L’engagement politique

« Beaucoup de mal sur cette terre est justifié au non du bien ».
Les premiers dessins à la craie du métro, dessinés à la va-vite en une seule ligne discontinue, afin de ne pas se faire arrêter par les autorités de police, constituent les premières actions politiques de Keith Haring pour qui l’acte est dissociable du résultat. Celui qui fréquentait Andy Warhol et Jean Michel Basquiat était aussi très engagé politiquement et socialement, il possédait des positions fortes sur l’apartheid, le racisme ou encore la religion et le capitalisme. Ses œuvres témoignent de l’oppression et de la domination; de la race blanche sur les noirs,  de la religion sur les êtres, de l’Etat sur l’individu ou encore de la société de consommation sur les cerveaux. Une domination et un enchaînement de l’être, résultat selon lui de la volonté de contrôle par les puissances de ce monde.
Il était également très sensible à la cause environnementale ainsi qu’aux ravages du sida contre lequel il s’est battu et par lequel beaucoup de ses amis furent emportés.

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Le Centquatre et les grands formats

« L’art devrait libérer l’âme et exciter l’imagination, encourager l’homme à aller plus loin. »
Déjà exposé  en 1984 à l’Arc du Musée d’art moderne de Paris lors de la célèbre exposition Figuration libre france/USA en 1984 aux côtés de Robert Crombas, Hervé Di Rosa et Jean-mIchel Basquiat,  Keith Haring affectionnait particulièrement la France, pour laquelle il a réalisé de nombreuses fresques (Hôpital Necker, 24 h du Mans…). Il semblait donc naturel que cette rétrospective majeure se tienne à Paris, un pays qui l’a toujours accueilli de manière favorable, contrairement aux Etats-Unis où son art était un peu rejeté.
Si la majeure partie de l’exposition retraçant la vie de l’artiste se déroule au Musée d’art moderne, c’est pourtant au 104 que vous risquez d’être surpris où une vingtaine d’œuvres et de sculptures en grand formats y sont exposées.  Des œuvres gigantesques mais surtout inédites qui, pour la plupart, n’ont jamais été dévoilées en France !
Parmi elles, Les Dix commandements :  une ré-interprétation subversive du nouveau testament, constitué d’un ensemble de 10 panneaux de 7 mètres de haut et réalisés en seulement trois jours, la scénographie de The Marriage of Heaven and Hell, le Pop Shop de Tokyo créé en 1988 et aussi des sculptures monumentales de plusieurs tonnes exposées sous la grande halle du 104. Seul inconvénient, il va falloir vous armer de patience face à la file d’attente hipsteresque qui vous attend, mais ça vaut le coup !

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Article complet sur le site de Paulette magazine
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