A l’AUB, un institut de recherche politique signé Zaha Hadid

Du musée MAXXI à Rome, à l’opéra de Cardiff, en passant par l’usine BMW de Leipzig, autant d’édifices originaux et enthousiasmants réalisés par l’architecte irako-britannique internationalement consacrée : Zaha Hadid. Première femme à avoir obtenu le célèbre prix d’architecture Pritzker en 2004, elle est aussi la seconde architecte au monde à avoir fait l’objet d’une rétrospective au Guggenheim museum, à New York City.

“Je pense qu’à travers notre architecture, nous pouvons donner un aperçu d’un autre monde, enthousiasmer, proposer des idées, captiver. Notre architecture est intuitive, radicale, internationale et dynamique. Notre intention est de construire des bâtiments qui évoquent une expérience originale, une forme d’étrangeté et de nouveauté comparables à la découverte d’un nouveau pays.”

Etoile parmi le ‘Walk of Fame’ de l’architecture, le grand public ignore souvent que celle qui a fait ses armes à Londres à l’Architectural Association School of architecture est passée sur les bancs de l’Université Américaine de Beyrouth, où elle a autrefois étudié les mathématiques. Zaha Hadid semble pourtant ne pas avoir oublié sa première université, et signe aujourd’hui le nouveau bâtiment du département de politiques publiques et d’affaires internationales de l’AUB : l’Issam Fares Institute.

Un hub de réflexion politique majeur au sein du monde arabe
Si ce nouveau projet moins médiatique peut ne pas paraître aussi spectaculaire que la construction d’un nouvel opéra en Chine, il revêt cependant un caractère unique dans l’histoire de la recherche politique au Liban. Portant le nom de son créateur, ancien vice-premier ministre du Liban de 2000 à 2005, le Issam Fares Institut for Public Policy and International Affairs (IFI) est un organisme indépendant, dynamique et civique fondé en 2006 dans le but d’améliorer la qualité de la recherche politique de l’AUB et de contribuer positivement aux affaires internationales et politiques du monde arabes.

Véritable plateforme d’échanges d’idées entre intellectuels, chercheurs, législateurs et membres de la société civile libanaise et étrangère, l’IFI espère élever la qualité du débat politique au Moyen-Orient , mais vise surtout à renforcer le positionnement du monde arabe sur la scène politique internationale. Son espace d’interactions interdisciplinaire travaille à enrichir la production de connaissances relatives au contexte économique, politique, historique et social de la région, souhaitant améliorer ainsi la compréhension de ses enjeux auprès des différents décideurs politiques, médias, communautés de chercheurs et du grand public. Un rôle primordial dans une société globalisée où la nécessité de reconnecter les problèmes politiques dans leur contexte local comme global s’avère indispensable.

Un catalyseur d’échanges 3D
Sélectionnée parmi plus de 11 cabinets participants, c’est donc ‘Zaha Hadid architects London’ qui a remporté le chantier du département de politique publique et d’affaires internationales de l’AUB. Officiellement amorcé en 2011 et après trois ans de dur labeur, l’édifice vient enfin de voir le jour, tel un OVNI de béton jailli des entrailles de la terre pour percer le ciel. Etonnamment, le résultat quelque peu “brutaliste” s’inscrit naturellement dans le patchwork architectural de l’AUB, construit en osmose avec les bâtiments du 20e comme ceux de style plus moderniste présents sur le campus. Bâtie autour de plans superposés s‘étalant du plus petit au plus grand, la structure offre une surface exploitable de 7000 m² dont seulement 3000 se situent au sol, lui donnant des allures de bunker suspendu dans les airs, à la fois massif et léger, sans jamais rien gâcher de la perspective ni de la vue sur la mer.

Constitué principalement de bureaux pour la recherche, d’ateliers et de salles de conférences, l’institut comporte aussi un auditorium avec une capacité de 100 places permettant d’héberger des séminaires. Mais plus qu’un lieu d’études, ce laboratoire est surtout un espace d’échanges et de rencontres qui a été volontairement conçu pour favoriser les interactions. La salle de lecture, pièce maîtresse du bâtiment, est un vaste espace lumineux flottant au-dessus de la cour extérieure et du jardin, offrant une vue sur la mer. L’ensemble des éléments constitutifs de la construction a été imaginé pour connecter et engager les chercheurs avec la communauté d’étudiants et de visiteurs : toutes les routes convergent en son hall atrium, les cloisons internes du bâtiment sont en verres imprimé afin de faciliter la communication et la transparence, un espace lounge ainsi qu’un toit-terrasse ont été installés pour privilégier les discussions informelles, et une promenade architecturale construite au milieu du jardin relie directement l’espace de recherche au campus.
Finalement, c’est à la croisée des chemins que se dresse le nouveau visage de l’Institut Issam Fares : une intersection en trois dimensions qui agit comme un catalyseur d’échanges humains et, qui plus est, dans une ambiance écolo-friendly puisqu’il possède aussi un système technologique de recyclage de l’eau lui permettant de limiter son empreinte environnementale. Un premier pas vers une meilleure politique.

Article complet sur le site de l’Agenda Culturel

Publicités